Eklablog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

le dernier bureau avant la fin du monde

Publicité

Ravage

 

 

 


Avant cette terrible bataille, je vivais, heureux, avec les paysans de mon fief. Mon château offrait la quiétude et la sécurité. Prospère, le commerce nourrissait les familles de mon petit royaume. Parfois, j’intervenais pour calmer les tensions générées par le sale caractère de quelques paysans un peu trop portés sur le vin. Le soleil, généreux, donnait un hâle doré aux enfants. Point d‘épidémies, point de disettes, de rares discordes, j’étais un seigneur heureux. Mes chers vassaux combattaient courageusement contre l’ennemi. Ma famille se portait bien.


Pourtant, il a fallu répondre à l’appel militaire de mon rang. Sans connaître les raisons d’une terrible bataille qui ravageait les terres des fiefs voisins, je suis parti à la guerre… Mes vaillants chevaliers m’ont juré fidélité et honneur. Vomissant leurs entrailles, leurs corps disloqués s’étalent aujourd’hui sous mes yeux. La défaite est totale. Leur sang encore chaud ruisselle sous mes pieds. Je suis un seigneur vaincu. Face à moi, c’est le triomphe du Mensonge qui me regarde et qui sourit. Seul, je suis la proie de mes ennemis. " Tranchez ma tête, arrachez mon cœur " ai-je envie de hurler. Mais la honte et l’infamie m’obligent au plus cruel des silences. Plus jamais, je ne verrai mes terres. Ma famille sera capturée et massacrée. Je suis seul désormais… Seul et vaincu par le Mensonge dont le châtiment me condamnera à la plus cruelle des punitions : l’enfermement.

Dans mon cachot inattaquable, je payerai le lourd tribut de mon rang de seigneur défait. Avec courage, je me suis battu pour ce que je croyais être une noble cause. Sans mot dire, mes fiers soldats ont suivi leur maître. Mes tendres compagnons… tombés dans la pire des embuscades… Vaillamment, ils se sont battus. Aucun d’eux n’a pris la fuite. Tous ont lutté pour rester digne face à la lourde armée du Mensonge. Ils étaient mille, nous étions cent… Cent hommes dont le courage me soulage un peu et calme le terrible fardeau que j’aurai à porter toute ma vie.

Entouré de son armée, le Mensonge s’approche. Un masque de fer recouvre ses yeux. Seigneur, faites que je ne découvre jamais à quoi il ressemble. Son épée ruisselle de sang frais. L’odeur de la haine pénètre mon esprit. Un sourire odieusement narquois ne quitte pas ses lèvres. Son triomphe est total. Je suis vaincu.

Rouge - 19 août 2001

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cette page
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :