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le dernier bureau avant la fin du monde

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J moins 1

 

 

 

 

La date fatidique se rapproche ; c'est demain. Ce sera très simple : une simple signature mettra fin à 5 ans et 4 mois de docilité permanente. Enfin, il y aura sans doute plusieurs signatures mais ça ne durera pas longtemps. Je suis dans la tête de Han Solo, dans l'Empire Contre Attaque. Quand il descend dans la cage de cryogénisation, il sait qu'un destin terrible l'attend ; il peut même en mourir. Et c'est inévitable. Qu'aurais-je fait à sa place ? Je me serais sauvé en courant ? Ca aurait valu à coup sûr un coup de laser dans le cul d'un stormtrooper et ça manque de classe. Mais j'aurais été top dégoûté que Leïa vienne de m'embrasser juste avant la séance de four à micro-ondes. Elle pouvait pas le faire plus tôt cette conne. Il aurait passé au moins une nuit correcte avant de devenir une tablette de chocolat géante. Au lieu de cela, monsieur s'est tapé toutes les galères possibles avec cette princesse de mes deux. Et elle, de lancer comme ça : je t'aime. Comme si personne entendait. Qu'est-ce qui se passe dans la tête de ce mec à ce moment là ? Qu'est-ce que j'aurais pensé moi. Ben, autant crever, elle est vraiment trop conne.

Mettons maintenant Han Solo, à ma place, demain. C'est un contrebandier, il est vénal. Alors il monte un plan. Il va signer, avec la calculatrice humaine. Il ne sourcille même pas, il ne tape pas de crise. Il a un plan en tête. Il se souvient du sort qu'il a réservé à Greedo, qui lui ne se souvient plus de rien, vu qu'il a été ramassé par la femme de ménage. Lorsque tout rentre dans l'ordre, il dégaine son phaser et fait exploser la tête de la calculatrice humaine ; le sang recouvre tous les murs, sans souiller les beaux habits de Han. Grande classe. La calculatrice vacille, elle a encore quelques spasmes mais plus de tête. De son cou jaillissent des giclées de sang, bien cadencées, comme un métronome. Han souffle sur le corps qui mourra dans quelques battements de cœur (ça prouve qu'il en avait, mais c'était bien caché) et cela suffit pour le faire tomber. Comme dans tout film qui se respecte, le corps se dirige vers la fenêtre qui explose en mille morceaux. Et ce qu'il reste de la calculatrice. Six étages plus bas, les collègues de Han ne perdent rien de la scène. Bartok, Gothic, Garou, Luicifer, Luciole et Rouge sont là. Ils ont chacun un caméscope et ne perdent rien de la chute. Ils revendront ainsi très cher la séquence à vidéo gag. Han prend ses papiers, sort du bureau et devant l'accueil, il fait voler une pièce sur le bureau de la personne qui s'y trouve. Il dit tout simplement : pour la femme de ménage. Et il s'en va, comme un prince.

Putain, n'importe quoi. Demain c'est la lourde et j'écris ce genre de conneries. C'est assez révélateur. 5 ans à lire deux bouquins par an, alors voilà ce qui ressurgit dans les textes : la guerre des étoiles, rien d'autres. J'aurais pu dire que je me sentais dans l'esprit des fusillés de Goya dans le tableau " Le 3 mai 1808 ". Bosser, c'est bien. Mais si la compensation est l'abandon de toute activité culturelle, de tout raisonnement logique parce que l'on pense à la santé financière de l'entreprise, les patrons ont d'ores et déjà gagné. L'axiome est le suivant : l'entreprise va bien, les gens sont motivés et produisent donc plus. Suffisamment pour ne pas embaucher davantage de gens. Au bout d'un moment, si on casse le premier maillon de la chaîne, tout est foutu en l'air. Surtout si c'est une BBB qui dirige le tout. Euh, BBB, c'est une belle bande de branleurs. Je viens de l'inventer ; tiens, je vais le déposer, ça me fera du fric. Rigolez pas, c'est le principe de la claire et nette économie, à peu de choses près.
Quand la chaîne est brisée, l'entreprise perd de l'argent et doit donc licencier. Mais la motivation n'est plus là et la production s'amenuise. Etc.
Vous n'êtes qu'un maillon de cette spirale sans fin, un pion. La BBB reste, soyez-en sur, ne se rendant même pas compte qu'elle a brisé des rêves, des motivations, des désirs, des confiances, l'humanité.

Comment ça va se passer demain ? Pour la signature, je m'en fais pas. Mais le pot de départ va être dur. J'ai trouvé un champagne unique en son genre. Le Lourdez ; ça le fait, non ? Ça va être la journée des derniers. Dernière bouffe, dernières vannes de Luicifer - mais ça m'étonnerait qu'il ait le cœur à ça -, dernier café, dernier allumage d'ordinateur (si j'avais pas un tas de données à récupérer, je crois bien que je ferais l'impasse). Ça va aussi être le jour du carton. Comme dans les films. Derniers bisous, dernières poignées de main, dernières étreintes et...
Rideau. Définitif. Pas de rappel.



Léo de Urlevan - 14 mai 2001

 

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